L'aventure - Episode 2
   17/05/2021  
L'aventure - Episode 2

EPISODE 2 :

J’ai commencé à travailler pour la marque Cartier en juin 2007, une période absolument géniale pour moi. J’étais entourée de personnes que j’admirais et avec lesquelles travailler était un plaisir. Je pense à ma boss Isabelle, à Laetitia mon double, et à Claire mon binôme à la Créa, mais aussi à Joséphine, Erwan avec lesquels nous allions tant rire…

Je me souviens avoir eu un moment de doute dans les premières semaines de ce nouveau job lorsque j’avais réalisé mon premier contrôle Qualité. Sortant des paillettes du Studio et des défilés Louis Vuitton, je m’étais retrouvée dans un entrepôt logistique près de Roissy à faire ouvrir des cartons sur palettes pour contrôler que des bustes, présentoirs pour colliers, ne présentaient aucune cloque, que la galette du cou était bien collée et que le tout était stable pour tenir tout seul dans la vitrine. N’étant pas une fana de joaillerie mais plutôt de fringues et de mode, j’avais eu peur, très peur ce jour-là, de m’être éloignée de mon cœur de sujet, celui pour lequel j’avais présenté l’IFM.

Au fil des semaines, et certainement parce que l’ambiance assez familiale de la boite me plaisait beaucoup, que je me sentais bien, et que j’avais tissé une amitié immédiate et sincère avec Laetitia, j’ai pris plaisir à développer des décors de vitrines.

J’ai travaillé avec des sculpteurs, des éditeurs de tissus, et des fournisseurs avec lesquels j’ai créé des liens, des partenariats. J’étais chef de projet, et ça me convenait bien de préparer des appels d’offres, de lancer des prototypes, de développer des produits... Je lançais des prototypes et des productions en série de panthères dorées, des cubes en tissus, de paravents Art Déco. C’était suffisamment créatif pour me tenir en haleine.

J’aimais moins les contrôles Qualité, les délais de livraison tendus, les briefs créa en retard qui faisaient dérouter le planning. Même si les problèmes n’étaient pas de mon fait, je me sentais responsable de tout, j’angoissais, j’angoissais beaucoup.

Souvent, je restais le soir après 19 heures, parce que nous sortions avec Tim, ou que j’avais des apéros, diners de copines. C’était plus simple de rester sur place que de repasser chez moi. Si je restais après 19 heures, c’était donc plus une question de confort logistique qu’un réel besoin de travailler tard. Mon N+2 passait une tête quasiment tous les soirs. Il aimait discuter avec son équipe en fin de journée, prendre la température des projets et de nos relations avec les fournisseurs.

J’avais 27 ans, j’avais envie d’un bébé, Tim était moins pressé mais on y pensait. Un gynéco m’avait informée un peu avant que lorsque je souhaiterais avoir un bébé, cela pourrait prendre un peu de temps. Et nous avions autour de nous des sœurs qui avaient fait des fausses couches, des amies qui galéraient un peu…

Lorsqu’au début du mois de février 2008, Tim m’a dit qu’il se sentait prêt, même si c’était un peu tôt par rapport à mon démarrage de job chez Cartier, j’avais en tête que cela prendrait du temps, peut-être 6 mois, 1 an voire plus alors on s’est lancé.

Début mars, j’ai appris que j’étais enceinte… C’était incroyable, on était très surpris mais conscients de notre chance immense. En revanche, je ressentais un vrai malaise par rapport à mon job, c’était arrivé très, trop rapidement, moins d’un an après ma prise de fonction.

Ma boss a très bien compris et ne m’en a jamais tenu rigueur. Elle me l’avait clairement exprimée, donc j’étais rassurée mais quand même ennuyée vis-à-vis de mon N+2.

J’attendais un bébé pour le mois de novembre. Cette année-là, tous nos potes se mariaient. On allait donc vadrouiller beaucoup. A 3 mois de grossesse, je faisais du VTT dans les sentiers caillouteux de Porquerolles pour un enterrement de vie de jeune fille, je dansais aux soirées, je prenais le train, souvent. Bref, je ne m’écoutais pas beaucoup et on me rappelait souvent qu’être enceinte n’était pas une maladie.
L’été, Tim s’est cassé le coude, c’est moi qui, enceinte de 6 mois, me baissait pour lui lacer ses chaussures… j’étais super fatiguée, j’ai repris le boulot et quelques jours plus tard, à la fin du mois d’août, mon ventre a commencé à se contracter souvent. Je ne savais pas qu’il s’agissait de contractions, mais un soir, prise d’un doute, je me suis arrêtée sur le chemin du retour à l’hôpital. Et là BOUM, on m’a annoncé qu’il fallait que je sois alitée, sans plus bouger. J’étais désemparée, déboussolée, inquiète et très ennuyée pour mon job. J’avais presque honte de devoir m’arrêter de travailler un mois et demi avant le congé maternité officiel.

C’est une période particulière de ma vie dont je garde finalement un très bon souvenir. Je ne me suis pas ennuyée. J’ai découvert l’univers des blogs. J’étais fascinée par toutes ces filles si créatives. Je suivais notamment Aurélie qui tenait le blog « Une poule à petit pas ». Elle tricotait. Je savais tricoter depuis toute petite, mais je ne savais tricoter que des kilomètres d’écharpes. J’étais, malgré tout, un peu déçue de ne pas profiter de mon congé maternité pour flâner, déjeuner avec des copines…

Mon bébé est né le 11 novembre, un petit garçon. Il était tellement cool, on l’appelait « le bébé pour les Nuls ». Il dormait tout le temps, et a fait ses nuits dès le retour de la maternité.

Tout début janvier, quelqu’un est passé pour l’entretien de notre chaudière et l’a mise en panne (on adore ce concept, non ?). On avait de la chance, la maman de Tim qui habite à deux pas pouvait nous accueillir. Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle allait nous accueillir 3 mois ! Alors que notre chaudière était en panne, il a beaucoup neigé, les tuyaux ont éclaté. Nous devions procéder à des réparations importantes avant de pouvoir réintégrer notre petite maison.

Ma deuxième partie de congé maternité s’est donc déroulé chez ma belle-mère. C’était très cool, et en même temps, étrange de découvrir notre nouvelle vie de famille à trois dans une version à quatre, pas chez nous.

Pour mon garçon, j’avais découvert la marque Bonton, et avait notamment acheté un pull en alpaga tricoté au point mousse absolument adorable. La maman de Tim m’avait dit que c’était assez facile de le réaliser à la main. Forte de mes lectures de blog, j’étais très tentée par un projet tricot de cette envergure ! Dans la boutique de laine la plus proche, j’ai acheté aiguilles et pelotes de laine. J’avais choisi un bleu très fort, myosotis, de la couleur des yeux de mon blond. Guidée par ma belle-mère, au quotidien, j’allais apprendre à faire des diminutions, rabattre des mailles, faire des coutures pour les ouvrages en maille… Le pull une fois fini était ultra chouette. La boite de Pandore était ouverte.

 

Après deux mois et demi de congé post natal, j’ai repris mon activité professionnelle. Quand j’y repense aujourd’hui je me rends compte que j’aurais dû prendre quelques semaines supplémentaires. Il était minuscule… Je sais que certaines femmes ont besoin de retourner travailler, qu’elles n’aiment pas plus que ça pouponner, mais moi, les micro bébés c’était vraiment ma passion.

De façon assez logique, sans trop nous poser de questions, la répartition du temps de parent s’est faite. Et j’allais commettre une grave erreur. Oui … J’allais sceller dans le marbre le fait que j’étais celle qui serait disponible.

Tim était présent le matin pour faire le relais avec la nounou en garde alternée, et moi j’étais celle qui rentrait le soir à toute berzingue pour récupérer mon blond. Et c’était une erreur. Nous aurions dû intégrer une soirée au moins par semaine où Tim était celui qui s’occupait du minus.
Car oui, le soir, à 18h30, quand mon boss faisait sa petite tournée de prise de température, invariablement, il trouvait ma chaise vide. Et quoi que l’on en dise, cela l’a agacé.

Et moi, j’ai commencé à monter en pression. Être responsable tous les soirs, seule, de son bébé, c’est épuisant. Alors, si je suis parfaitement honnête, je ne suis pas certaine d’avoir su faire autrement. Je n’avais, c’est vrai, le soir, qu’une envie, celle de retrouver mon bébé. Cela étant dit, si j’avais eu un soir, ne serait-ce qu’un soir sur les cinq où j’avais pu ne pas partir en regardant ma montre et en courant comme une folle pour ne pas être en retard, ça aurait peut-être changé ma vision de cette période de ma vie.

A mon sens, ce temps entre 18h et 20h où je n’étais plus là a conduit mon boss à penser que je n’étais plus autant investie qu’avant. Ce qui était complètement faux. Ce temps n’avait jamais été vraiment exploité pour travailler comme je l’ai précédemment souligné, mais c’est le temps où l’on se détendait avec ses collègues sans trop culpabiliser, un moment finalement assez stratégique à mon sens. Je suis certaine qu’il y a plein de choses qui se jouent précisément dans ce créneau-là. C’est probablement à ce moment-là que le décrochage se fait entre les hommes et les femmes. Car si l’on fait des stat, je suis aussi plus que certaine que l’on trouve majoritairement des hommes assis derrière leur bureau à cette heure là …

 

Bref, c’est donc le moment où j’ai commencé à turbiner dans tous les sens, mais je n’avais encore qu’un seul enfant. C’était encore jouable de trouver un peu de temps pour se détendre. Tim bossait vraiment énormément, il rentrait très souvent tard. Le bon côté de cet investissement sans limite dans son boulot, c’est qu’il a vite grimpé les échelons dans sa boite.

TO BE CONTINUED….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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